Xavier Fontanet : « L’État doit expliquer aux Français qu’il n’a plus un rond »

Écrit par Jean-Baptiste Leon
Xavier Fontanet - Dépenses publiques Xavier Fontanet - Dépenses publiques © Contribuables Associés

Entretien avec Xavier Fontanet, essayiste, professeur affilié à HEC, ancien directeur général de Beneteau et ex-PDG d’Essilor. Cet entretien a eu lieu avant la campagne présidentielle 2022.

 

→ L’Etat a dépensé sans compter durant la crise sanitaire. Pensez-vous qu’un retour de bâton fiscal soit à craindre après la présidentielle d’avril 2022 ?

J’ignore qui sera élu et il est trop tôt pour savoir à quelle sauce les contribuables seront mangés. Ce qui est sûr, c’est que la dette française est proche de 115% du PIB. Ce niveau pourrait encore monter.

Pour rentrer dans les clous, la seule solution est de réduire la dépense publique, et notamment les dépenses sociales qui sont en train de dévorer le pays.

L’Etat devrait aussi vendre les actifs qu’il détient et que l’on peut évaluer à environ 1 000 milliards d’euros. D’autres pays l’ont fait avant nous.

Par exemple, la Nouvelle-Zélande qui a vendu son palais présidentiel et privatisé sa Sécurité sociale.

Les sommes tirées de cette vente ont été utilisées pour renflouer le pays.

La France pourrait envoyer un signal fort à la population en vendant l’Elysée ou la Joconde.

La valeur du portefeuille de participation de l’Etat dans les entreprises s’élevait à 125 miliards d'euros au 30 juin dernier. Elles doivent être cédées au mieux du marché.

→ Quel serait le message envoyé avec la vente de l’Elysée ou de la Joconde ?

Un message simple et clair : « Nous n’avons plus un rond ». Les Français forment un peuple solide, volontaire et plus discipliné que l’on croît comme ils l’ont prouvé durant la crise sanitaire.

Ils sont pétris de bon sens. Si on leur explique que l’Etat est en faillite et que l’Etat providence, c’est fini, ils comprendront. Voyez l’Allemagne après la réunification.

Exsangue, l’Etat s’est retiré et a laissé patronat et syndicats trouver des solutions pour consolider le système de retraite et réduire les dépenses de santé.

Avec le recul de l’âge de la retraite et la hausse du ticket modérateur, ils ont trouvé des solutions. Il faut faire la même chose en France.

Sortir du paritarisme. Responsabiliser les partenaires sociaux. Casser le concept de lutte des classes et laisser le privé négocier directement, sans que l’Etat-Nounou s’occupe de tout.

→ Quelles doivent être les priorités d’un Etat moderne ?

Tout d’abord réduire son train de vie. C’est ce qui s’est passé en Allemagne, au Canada ou en Nouvelle-Zélande. Alors pourquoi pas en France ? Nous vivons au-dessus de nos moyens.

Il n’y a d’autre choix que de mettre l’Etat à la diète. De tailler dans la dépense publique.

Il faut également baisser l’impôt sur le revenu et supprimer l’impôt sur les successions pour que l’argent libéré s’investisse dans l’économie, devienne productif.

L’Etat doit aussi réduire le niveau des dépenses sociales, notamment en matière de chômage et reculer l’âge de la retraite comme la plupart des pays de l’OCDE l’ont fait.

Son rôle est aussi de combattre les dépenses injustifiées ou frauduleuses avec une vigueur accrue.

Tout le monde sait qu’il y a environ 7 millions de cartes vitales surnuméraire et que les fraudes en matière de retraite pullulent.

Face à cette situation, les réponses de l’Etat sont timides. C’est pourtant à lui de mettre fin à ces trafics qui lèsent la communauté nationale.

→ Le Conseil Economique et Social (CSE) préconise une réforme des droits de succession. Qu’en pensez-vous ?

A l’actif du quinquennat d’Emmanuel Macron, outre la baisse des impôts de production, on peut notamment citer deux décisions fiscales favorables : la suppression de l’ISF et l’introduction de la flat tax.

Un alourdissement des droits de succession constituerait en revanche un très mauvais signal.

La France est un des pays où les prélèvements sont les plus confiscatoires au monde. L’OCDE a récemment appelé Paris à baisser son niveau d’imposition. Une réforme des droits de succession aboutirait à l’effet inverse.

Pour justifier la baisse des abattements ou l’augmentation de taux atteignant déjà 45% pour le plus élevé, on brandit la notion de « justice fiscale ».

Ce concept, que l’Académie française se refuse d’ailleurs à définir, est un prétexte utilisé pour justifier une spoliation. Un cache-sexe légitimant la confiscation de sommes déjà taxées à plusieurs reprises grâce un effet de trompe-l’oeil.

Si l’Etat veut modifier la règle du jeu en matière de succession, il doit prévenir les contribuables plusieurs décennies à l’avance pour que ceux-ci aient le temps de prendre leurs dispositions.

A ce propos, j’observe que la Suède qui a été longtemps un modèle social pour les technocrates français a supprimé l’impôt sur les successions pour faciliter la circulation du patrimoine vers les générations qui en ont le plus besoin.

→ Pensez-vous que le dernier conflit social entre l’Etat et la SNCF ait été géré convenablement ?

Non. On a donné à la SNCF le monopole du rail parce qu’elle rendait un service public essentiel.

Les syndicats ont transformé ce monopole en corporation. Ils ont retourné ce levier pour défendre des avantages particuliers, catégoriels.

Maintenant, ce sont eux qui décident des augmentations de salaire que la direction doit octroyé au personnel !

Quitte à casser le service public dont ils sont dépositaires.

Quitte à pourrir la vie des Français à chaque départ en vacances alors que les contribuables viennent d’éponger les 38 milliards de dette de l’entreprise.

Le pire est que ces grèves à répétition se déroulent en parfaite impunité même si elles sont injustifiées puisque les grévistes sont invirables.

Je le répète : le problème de fond est le monopole dont dispose la SNCF. Tant qu’il n’aura pas sauté, les problèmes continueront.

Il faut privatiser la SNCF, la sortir du giron de l’Etat une bonne fois pour toutes, par exemple en la fusionnant avec la Deutsche Bahn, ce qui constituerait une magnifique société européenne.

Propos recueillis par Fabrice Durtal

Lu 330 fois Publié le mardi, 17 mai 2022

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