La chronique de Xavier Fontanet. "Le grand-père et le Président". Chapitre 3. Le modèle suisse

Écrit par Xavier Fontanet
Xavier Fontanet © D.R.

Xavier Fontanet est essayiste, ancien directeur général des Chantiers Bénéteau et ex-président d’Essilor. Il est membre de l'Institut des solutions. Il est notamment l’auteur de "Si on faisait confiance aux entrepreneurs. L’entreprise française et la mondialisation" (Les Belles Lettres). Xavier Fontanet signe pour Contribuables Associés une série de chroniques exclusives intitulées "Le grand-père et le Président". Il y livre ses recettes de bon sens pour relever la France.

La scène se passe en 2027, une discussion entre un grand-père, Auguste, 90 ans et toute sa tête, et son petit-fils Antoine, qui en a 40. Auguste a vécu en province, il a fait toute sa carrière en entreprise, il dispose, de par son métier, d’une grande expérience internationale. Antoine, son petit-fils, lui, a vécu à Paris, a fait l’ENA et travaillé dans l’administration, puis dans les cabinets ministériels. Il est entré en politique et vient d'être élu président de la République. Il a l’habitude de demander conseil à Auguste, avec lequel il a un lien très fort. Dans ce 3e chapitre, nous les écoutons deviser sur le modèle suisse.

(Lire le chapitre 1 "Politique générale")
(Lire le chapitre 2 "Nouvelle-Zélande")
Chapitre 3 : économie, institutions, vie citoyenne. Le modèle suisse 
Antoine Grand-père, tu me parles toujours de la Suisse, je ne la connais pas. Sur quel point sa connaissance peut-elle m’être utile ?

Auguste   Antoine ça tombe très bien parce que depuis que les gens ont compris qu’on se parlait régulièrement je suis littéralement assailli de demandes.

La dernière tu ne vas pas le croire : un groupe de voisins, de l’Ouest de la France, est venu me trouver pour voir si c’était possible de te demander de racheter leur département.

Antoine Racheter la région (département ?) tu débloques complètement !

Auguste Pas du tout je vais t’expliquer le calcul qu’ils font, sans le savoir, ils ont imaginé le fonctionnement des Suisses.

Antoine Je suis perplexe (c’est le moins que je puisse dire !) mais je suis prêt à écouter tes arguments.

Auguste Ils considèrent que l’État leur coûte beaucoup trop cher à eux. Dans le département il n’y a pas de chômage, les gens sont en bonne santé, il n’y a pas de drogue ni d’alcool…Le département coûte beaucoup moins cher à la Sécurité sociale que ce qu’on lui charge, charge qui correspond à une moyenne. Le taux de criminalité est nettement inférieur à ce qui se passe dans d’autres départements, ce qui fait que les dépenses policières et judiciaires sont beaucoup plus légères. En plus, ils seraient prêts à travailler plus longtemps chaque semaine et partir à la retraite à 70 ans. Ils seraient également prêts à jouer la capitalisation ; l’économie au noir y est inexistante, en gros ils en ont marre de payer pour les autres qui sont moins vertueux qu’eux !

Antoine Je sais que ce que tu dis n’est pas complètement faux mais que fais-tu de la solidarité ?

Auguste Tu trouves que la situation est juste quand on ne récompense pas les gens pour leurs efforts et leurs comportements vertueux ?

Je vais te dire le calcul qu’ils ont fait et on passera à la Suisse.

Antoine ‍D'accord.

Auguste Ce département resterait bien évidemment français, c’est de la gestion de la sphère publique dont on parle.

La sphère publique et sociale, c’est 58% du PIB en moyenne pour la France. Ils proposent de laisser à l’État : l’armée, les affaires étrangères et la haute finance. Tout le reste ils le reprennent, ils reprennent 54,5% des recettes sociales et fiscales, ils en laissent 3,5% pour les fonctions citées plus haut.

Antoine Soit mais qu’est-ce qu’ils font ?

Auguste Ils font une société, donnent des actions à chaque personne de plus de 21 ans en fonction du revenu. La société reprend la part de dette correspondant au département en gros 1% de la dette totale, soit 30 milliards et se mettent à reformer fort : départ à la retraite à 70 ans, vente de la Sécurité sociale à des assurances privées qui reprennent le personnel public et versent une somme cash, organisation d’une saine concurrence en éducation entre le privé et le public, chèque-éducation, arrêt de l’embauche des fonctionnaires ; vente des HLM aux occupants et gestion très serrée.

Antoine Cela les mène où ?

Auguste La première année ils ne touchent ni aux impôts ni aux charges ; la société voit ses résultats littéralement exploser. Les nouveaux actionnaires touchent un gros dividende et comprennent qu’une dynamique se met en marche.

Les responsables départementaux expliquent qu’ils vont faire tomber les coûts de la sphère publique de 53,5 à 40%, ils peuvent commencent à baisser les impôts et les charges. Ceci attire les entreprises voisines.

Dès que le phénomène devient sensible, et que des nouveaux emplois sont disponibles, ils durcissent les conditions de chômage et baissent le coût de l’assurance.

Je les ai entendus, ils sont passionnés, ils pensent qu’ils peuvent retrouver une forte croissance fondée sur l’attractivité. « Tous les atouts de la France à un coût raisonnable ». Ils ont tout le département derrière eux.

Antoine Je vois.

Auguste Je vais te dire, arrête le principe de précaution de Chirac, lance le principe d’expérimentation et fais un essai avec ce département, après tout c’est 1% du pays, ça vaut l’expérience.

Antoine Je tombe de l’arbre. Grand-père j’espère que j’aurai ton énergie à ton âge. J’aimerais qu’on parle de la Suisse …vraiment.

Quand j’en parle on me répond toujours que la Suisse marche bien à cause de ses turpitudes en matière financière.

Auguste Il y a sûrement pu avoir dans le passé des choses pas très claires, notamment l’hébergement de comptes de hauts dignitaires nazis pendant la Deuxième Guerre mondiale. Mais sache que les Suisses ont payé à la Libération une pénalité, qui était à notre échelle de l’ordre de 25 milliards de euros.

Antoine Alors sa force, d’où vient-elle ?

Auguste La puissance de la Suisse ce n’est pas la finance, le système financier suisse représente 9 % du PIB, c’est le niveau de l’Angleterre. La vraie force de la Suisse, c’est la part très importante de l’industrie qui est de l’ordre de 26% du PIB, alors qu’elle ne représente chez nous que 12% !

Antoine Je n’avais pas ces ordres de grandeur en tête, mais c’est vrai que la Suisse a sur son sol des sociétés parmi les plus grosses capitalisations d’Europe comme Nestlé, Novartis et Roche.

Auguste Si tu vas à Vevey, là où Nestlé a son siège, tu verras que c’est une petite ville. Les Suisses marient les cultures locales et la présence mondiale. S’ils sont prospères c’est qu’ils ont réussi à participer à l’économie mondiale en gardant leurs habitudes de vie locale.

Antoine D’accord mais il y a sûrement autre chose … le secret des secrets ?

Auguste Je pense, (je ne suis pas politicien), que le secret des secrets, c’est leur Constitution.

Antoine De quand date-t-elle ?

Auguste La Constitution est très ancienne. La Suisse s’est constituée petit à petit. Au départ ce furent 3 cantons qui signèrent entre eux un contrat de défense réciproque dans le domaine militaire ; ça a commencé en 1291, et les accords se sont étendus jusqu’à constituer la Suisse actuelle qui est stable depuis 1848, même si de nombreux aménagements ont été apportés à la Constitution par le système du référendum.

Antoine Intéressant, la défense est la première des fonctions régaliennes.

Auguste C’est cela, il y a aujourd’hui 24 cantons pour une population de 6 millions d’habitants, un canton c’est en gros un demi-département. Chaque canton a sa Constitution, son Parlement et sa législation ; il est l’unité de base.

Antoine L’État fédéral dans tout cela ?

Auguste L’État fédéral s’occupe essentiellement de l’armée, des affaires étrangères et de la consolidation financière. Toutes les autres fonctions sont entre les mains des cantons : justice, police, éducation. Tout ce qui est social est privatisé.

Antoine Fichtre ! Et, pour que j’aie une vision complète, les villes dans tout ça ?

Auguste Tu as raison de poser la question, il y a un partage de responsabilité entre le canton et la ville. Comme chez nous ! Mais il faut savoir que les communes en Suisse sont 3/4 fois plus grandes que chez nous, ce qui fait qu’il n’y a pas d’intercommunal. Bonjour la simplification !

Antoine Et l’administration, les dépenses publiques, les impôts ?

Auguste Je te donne les chiffres de tête, mais les dépenses publiques sont de l’ordre de 30% du PIB. C’est donc beaucoup plus bas que chez nous, et il y a trois raisons à cela.

La première, c’est la privatisation de la majorité des dépenses sociales.

La deuxième raison, c’est il y a beaucoup moins de couches administratives, nous 5 eux 3 et la complexité, ça explose avec le nombre de couches.

La troisième raison, c’est que 70 % du budget est géré au niveau des cantons et des villes qui se livrent une intense concurrence fiscale. Si la gestion d’un canton dérive, il doit monter les impôts. Les entreprises le quittent. La concurrence est terrible. Tout ça fait que les coûts restent très bas.

Antoine Je continue. Quid du Parlement ?

Auguste Il y a une représentation fédérale constituée de deux chambres : le Conseil national (200 élus) et le Conseil dit des États (46). Ils traitent tout ce qui touche au fédéral. Pour qu’une loi passe, il faut que les deux chambres donnent leur accord.

Au niveau cantonal, chaque canton a sa Constitution et son Parlement (une centaine d’élus).

Antoine Ça fait pas mal d’élus pour 6 millions d’habitants.

Auguste D’abord, il n’y a pas de politiciens de métier. Si vous êtes élu, vous donnez une semaine par mois de votre temps, mais vous gardez votre job et le fédéral ou le canton paye le salaire perdu.

Ensuite on ne vous demande pas de défendre les idées d’un parti ou d’une majorité, on vous demande d’arriver à un compromis avec vos collègues. L’art du compromis, tenir compte de l’avis de l’autre, coconstruire un consensus, c’est une des très grandes forces suisses. Nous, qui sommes constamment dans la confrontation, avons des leçons à prendre.

Antoine Pas de politiciens de métier, pas de surreprésentation de la fonction publique, un énorme brassage avec un nombre relativement plus important de citoyens qui ont été confrontés à la chose publique.

Auguste Les promesses électorales, ça ne joue pas en Suisse. Les choses sont beaucoup plus simples parce que le travail se partage entre fédéral et cantonal et qu’au niveau du canton les problématiques concernent un environnement homogène. Donc toute la complexité qu’on a en France à vouloir traiter au niveau central tous les cas particuliers n’existe pas.

Antoine J’ai compris que la votation était un des piliers de leur démocratie.

Auguste Les sujets lourds sont traités par le système de votation. La votation est un élément très important. Il en existe au niveau fédéral, d’autres au niveau cantonal, il en existe même au niveau de la ville.

Antoine Un exemple ?

Auguste Je me souviens la dernière fois que j’étais en Suisse, une petite ville débattait une votation (?) sur les chiens dangereux après plusieurs accidents graves et le résultat ça a été, reste bien assis, une visite médicale annuelle obligatoire pour les propriétaires de chiens. On a considéré que c’était l’équilibre psychologique du propriétaire du chien qui comptait avant tout !

Antoine Combien de votations ?

Auguste Si on cumule les trois niveaux, 4/5 par an par citoyen : ça permet une très grande variété de sujets traités et une très bonne adaptation au terrain (le cas des chiens, vous imaginez le temps qu’il faudrait pour simplement écrire la loi et la discussion au Parlement français qui en résulterait !), on ne cherche pas à faire des règles pour tout le monde. Là réside une des sources de la simplicité de la législation en Suisse.

Antoine Quels sont les sujets des votations nationales ?

Auguste Il y a eu l’an dernier une votation sur la cinquième semaine de congés payés qui a été refusée, une autre sur le raccourcissement de la durée de travail : refus de la retraite anticipée !

À noter que chaque changement de taux d’impôt fait l’objet d’une votation.

En fait, les Suisses sont conscients qu’ils sont un petit pays et que pour continuer à être prospères, il faut que les entreprises soient compétitives et le pays attractif.

Antoine Et en cas de refus ?

Auguste Si jamais le vote à une votation est négatif, ce n’est pas le gouvernement fédéral ou du canton qui est en cause, on passe à un autre sujet, on considère l’affaire traitée.

Antoine Intéressant la votation n’est donc pas un plébiscite.

Auguste On est en démocratie participative, pas en démocratie représentative.

Antoine Et sur l'éducation ?, je m’excuse, je profite de tes connaissances.

Auguste La caractéristique la plus importante à retenir sur l’éducation, c’est l’importance de la formation professionnelle. On oriente les gens très jeunes à 12 ans et il n’y a pas de hiérarchie entre filière générale et filière professionnelle.

Chez nous, la filière professionnelle est réservée à ceux qui sont en position d’échec dans la filière générale, c’est pas du tout le cas en Suisse, d’ailleurs il y ensuite beaucoup de passerelle entre les deux.

En fait, les Suisses ont compris que les talents conceptuels on ne les trouve pas chez tout le monde et que ça ne peut pas être un élément de distinction. Que vaut-il mieux pour la société ? Un engrenage parfaitement usiné ou une circulaire complexe bien conçue mais incompréhensible ?

Antoine Grand-père, tu charries, tu es en train d’ostraciser l’administration !

Auguste Je te conseille de lire "L’éloge du carburateur", un livre écrit par un professeur de philosophie de Stanford, Matthew B. Crawford, qui a racheté un magasin de réparation de moto. Il explique après 10 ans que la sophistication de ses concurrents réparateurs était du même niveau que celle de ses anciens collègues de Stanford.

Ce n’est pas parce qu’on a du cambouis sur les mains qu’on pense mal. Le respect des techniciens en Suisse explique la prolifération de PME leaders mondiales sur de tous petits créneaux et qui ont été en général fondées par des techniciens géniaux.

Antoine On a en France délégué les réflexions fondamentales à des gens qui sont dégagés des contingences matérielles. C’est peut-être une monstrueuse erreur. Comment est la PME suisse typique ? Je n’arrive pas à visualiser.

Auguste Quand j’étais consultant, j’ai travaillé pour une PME suisse qui faisait des machines-outils usinant les billes sphériques qu’on utilise dans les stylos billes. Ils avaient, si je me souviens, bien 70 % du marché mondial. Une toute petite entreprise qui rassemblait des technologies ahurissantes puisqu’ils maîtrisaient les usinages submicroniques. Les dirigeants de cette entreprise figurent parmi les gens les plus intéressants que j’ai rencontrés dans ma vie.

Antoine J’ai compris tous les avantages à avoir une filière technique performante. Il y a tout de même un défaut dans le système suisse, la filière générale est confié à des cantons qui sont des zones beaucoup trop petites pour abriter les universités performantes.

Auguste J’ai compris tous les avantages à avoir une filière technique performante. Il y a tout de même un défaut dans le système suisse, la filière générale est confié à des cantons qui sont des zones beaucoup trop petites pour abriter les universités performantes.

Antoine Tiens, on parlait de cours d’économie dans notre précédente discussion, que font les Suisses ?

Auguste Il faudrait que tu vérifies, mais d’après mes contacts il n’y a pas de cours d’économie, ils font tout autour du bilan et du compte d’exploitation, le but est de donner des éléments aux enfants pour reprendre la boulangerie des parents. Creuse le sujet, il n’y a pas de cours sur le multiplicateur ni sur les « imperfections » du marché.

Antoine Tout ça est très intéressant. Comment est-ce qu’un pays si proche géographiquement du nôtre peut-il être si différent ? Il va falloir que je demande une étude très profonde sur la Suisse ?

Mais, si je reviens au domaine social, j’ai compris que santé et retraite étaient privatisées. Et le droit du travail dans tout ça ?

Auguste Le droit du travail, c’est 20 pages (150 fois moins qu’en France) et il y a une phrase qui fait référence : « L’employeur n’a pas à se justifier quand il licencie, il a simplement à payer une somme pré-établie ». Et s’il y a des conflits, ça se règle avec les jurisprudences locales.

Il faut ajouter qu’il y a peu de conflits parce qu’il n’y a aucun chômage. Il est à 3 % mais il est en fait négatif si on tient compte de tous les frontaliers, donc c’est vraiment une économie qui tourne.

Antoine Tu en as déjà parlé, sur 50 ans ils nous ont mis à peu près chaque année un point dans la vue en termes de PIB par tête. Il était à peu près le même que le nôtre il y a 50 ans, il est une fois et demie supérieur aujourd’hui.

Auguste La Suisse est sûrement un des pays les plus efficaces au monde avec Singapour. Voilà deux modèles mais ce qui est pour moi le plus intéressant c’est la coexistence d’une culture locale très forte avec l’implication dans le monde entier.

Antoine La mondialisation a créé chez nous une forte inégalité et beaucoup de dissentiments, pas chez eux !

Auguste À mon avis, l’explication est simple, l’industrie tire vraiment le pays et une énorme partie de la population travaille chez des leaders mondiaux. Ils voient la mondialisation avec un autre œil que le nôtre.

Antoine D’où viennent ces très fortes industries ?

Auguste Je pense, mais c’est un avis personnel que la révocation de l’Édit de Nantes a été une véritable catastrophe pour la France. Énormément de protestants français sont partis en Suisse. Ils ont été accueillis à bras ouverts en amenant leur capital et leur savoir-faire, en particulier l’industrie horlogère.
A partir de l’industrie horlogère, ils sont devenus leaders de la micromécanique et aujourd’hui ils sont imbattables dans ce domaine.

Un autre facteur joue énormément à mon avis, le goût de la qualité. On fait des beaux produits, ils sont plus chers mais durent plus longtemps. A l’usage, leur coût est très compétitif sur la longue durée ; ça leur a permis de lutter contre des produits pas chers, mais de mauvaise qualité.

Antoine L’excellence, la recherche d’excellence, une idée à développer.

Auguste En fait ce n’est pas très loin de l’ikigai japonais. J’utilise le même Victorinox depuis 50 ans. Il était cher au départ mais je peux te dire qu’à l’usage il est absolument imbattable. Sa lame, je la lime soigneusement tous les ans et elle est toujours impressionnante d’efficacité.

Antoine Grand-père, pour terminer la discussion, peux-tu me parler d’immigration ce sera ma dernière question, parce que le temps tourne.

Auguste Ils ont un processus de choix des candidats à l’immigration dont on pourrait s’inspirer ; le premier point, c’est qu’il dure très longtemps. On commence par vérifier que les gens connaissent les langues et il faut en connaître trois pour être bien en Suisse.
Ensuite, on passe des examens parce que la Suisse est un pays assez sophistiqué et pour pouvoir s’y débrouiller, il y a un minimum de connaissances en informatique, en mathématiques, en droit à avoir. Donc on s’assure que les gens qui auront la nationalité ont le niveau d’éducation adéquat.
Le troisième test à passer est très surprenant pour un Français ; on regarde comment le candidat se comporte dans son quartier. Trois voisins sont désignés pour observer le comportement du candidat. Ils ne sont pas connus du public et sont en quelque sorte trois juges, leur vote est déterminant : si un seul des jurés dit non, le candidat se voit refuser la nationalité.
Les Suisses appliquent un processus extrêmement rigoureux, prennent leur temps et c’est probablement ça qui explique pourquoi il y a aucun très peu de problèmes avec l’immigration. En tout cas pas ce qu’on connaît en France.

Antoine On leur reproche beaucoup de ne pas avoir adhérer à l’Union européenne, d’être un peu égoïstes. Que réponds-tu à tout ça ?

Auguste Il faut chercher à bien comprendre que ce qu’ils craignent dans l’Union européenne, c’est le fédéralisme, c’est-à-dire qu’on leur colle une couche de coûts, en plus avec des gens qui confisquent les décisions. Leur système décentralisé est tellement puissant et tellement efficace qu’ils ne veulent surtout pas qu’on y touche.
C’est vrai qu’en France on vit aujourd’hui une terrible complication avec la superposition des lois. Des lois européennes ou des principes généraux peuvent contredire des décisions prises localement.

Nous avons aussi en France le Conseil constitutionnel, le Conseil d’État qui sont des obstacles supérieurs qui viennent souvent contrecarrer la volonté des citoyens. Elles sont nécessaires pour éviter les dérives. Mais actuellement on se demande si le système n’est pas en train de dérailler.

Quand on est sur un sujet existentiel, les Suisses font des votations. Ce système donne le pouvoir au peuple, pas à des gens de très haut niveau, détachés des réalités matérielles. Là encore, je crois qu’il y a une leçon à prendre surtout en ce moment.

Antoine Ton idée de référendum est bien mais chez nous ça a toujours été très compliqué à organiser.

Auguste Je suis bien d’accord avec toi, ce qui fait la différence, c’est que les Suisses ont un vrai savoir-faire dans l’organisation des référendums. À chaque fois que j’y ai passé un peu de temps il y avait une votation, je me suis procuré les documents que chaque citoyen avait à sa disposition, c’était remarquable.
Ensuite on l’a dit, un référendum en Suisse, ce n’est pas un plébiscite. Si la réponse est "non", le gouvernement n’a pas à démissionner.

Peut-être faudrait-il commencer à faire des référendum au niveau des municipalités, par exemple, faire voter annuellement les budgets des villes ?

Antoine Merci Grand-père, tu es extra !

Fin du chapitre. La suite, au prochain épisode...

Publié le mardi, 04 juin 2024

2 Commentaires

  • Lien vers le commentaire nadege vendredi, 07 juin 2024 Posté par nadege

    il y a aussi equité du salaire dans le public et le privé (parfois le public paye mieux) et un vrai sens du service public !
    les impots revenus et fortune sont plus chers qu'en France, par contre selon les cantons absence de droit de succession en ligne directe.
    Le système n'est pas basé sur la solidarité mais sur la contribution de chacun, la retraite par exemple est fondée sur 3 piliers : le premier est fait pour couvrir le minimum, pour le second qui permet d'assurer plus, il est personnel : on peut le mobiliser pour sa résidence principale, on peut le retirer en capital à la fin ou en rente, et surtout s'il arrive quelque chose, on le transmet à ses héritiers. moralité ? la personne qui n'a rien n'a pas cotisé pour, la personne qui a un joli pactole c'est aussi parce qu'il s'en ait donné les moyens
    enfin : 23 % de charges sociales partagés moitié moitié contre 57 % en France, c'est le niveau de charge sociale que nous avions en 1980 !
    en France la plaie ? c'est le social : on devrait avoir un systeme assurancielle pour couvrir un accident de la vie, pas vivre sans travailler par choix

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  • Lien vers le commentaire arthur baudon vernet mercredi, 05 juin 2024 Posté par arthur baudon vernet

    Xavier Fontanet, Président!!

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