Anne Hidalgo, les trottinettes et la dépense sociale [Tribune de François Garçon]

Anne Hidalo, maire de Paris © Victor Joly / Shutterstock

Anne Hidalgo parle le suisse ! La maire de Paris nous annonce en effet une « votation », un concept aux contours en France mal définis. Écoutons-la : il s’agira, nous dit-elle, d’un vote organisé par ses services et par lequel les Parisiens diront s’ils souhaitent ou non l’arrêt des trottinettes en free-floating.

 

Francois Garcon par François Garçon, membre de l'assemblée générale de Contribuables Associés, essayiste,  auteur de «France, démocratie défaillante. Il est temps de s’inspirer de la Suisse» (Éditions L'Artilleur), prix ALEPS du livre libéral 2022. 

 

Pour l’heure, la date (2 avril 2023), l’objet (l’arrêt des trottinettes) et le caractère impératif du choix des électeurs sont connus : « Je respecterai le choix des Parisiens ».

La presse de ce jour livre quelques détails sur la procédure prévue, et notamment l’envoi à chaque électeur de la capitale d’un exposé des motifs.

S’il faut saluer cette initiative ressortissant de la démocratie participative, une initiative sans précédent à Paris, on se permettra quelques observations en regard du mode d’emploi utilisé en Suisse, un pays où les « votations » se pratiquent par dizaines chaque année.

D’abord, regrettons qu’entre l’annonce de la votation et le scrutin, le délai (moins de deux mois) soit si court.

Pour que la votation ait du corps, il aurait fallu permettre aux différentes parties de s’exprimer, de faire valoir leurs arguments, de les exposer à destination des électeurs parisiens appelés à trancher.

Une campagne d’affichage, dans tout Paris et pourquoi pas dans la proche banlieue, devrait permettre aux opérateurs de trottinettes de justifier leur valeur ajoutée, aux utilisateurs d’exposer leurs arguments, aux associations de Parisiens excédés par les débordements de ces engins de dire pourquoi leur suppression est une bonne chose, etc.

Dans cette affaire, on devine un truc précipité, mal agencé, bref un bricolage combiné à un coup de com'.

L’argument invoqué par la maire de Paris pour justifier sa votation se résume en ces termes : les trottinettes doivent être retirées de la circulation car leurs utilisateurs se comportent en sauvages, cannibalisant notamment les trottoirs, sans égard pour les piétons.

L’argument est dévastateur pour la mairie de Paris et la Préfecture de police qui, à ce que l’on croit savoir, disposent d’importants contingents de policiers (42 616) et d’agents municipaux (555) à qui reviennent la mission de sanctionner ces débordements.

A quelle tâche sont donc affectés ces agents de sécurité ? Que font-ils de leur journée ? On les voit circuler en voiture dans la capitale, souvent à raison de quatre par véhicule, mais au-delà ?

De son côté, la mairie n’aurait-elle pas pu exiger la pose d’une plaque d’immatriculation sur les trottinettes, bon moyen pour identifier les contrevenants et les verbaliser ?

Les caméras de surveillance n'ont-elles pas également pour finalité d’aider à traquer le banditisme et la délinquance ?

Dans les capitales européennes où ces engins sont en libre-service, on n’observe pas l’incivisme parisien. Sans doute que là-bas les outils de surveillance fonctionnent et les sanctions sont dissuasives.

Pourquoi ne pas s’inspirer des méthodes ayant fait la preuve de leur efficacité ?

Pourquoi, au motif que l’État est incapable de faire respecter la loi et l’ordre, s’en prendre aux trottinettes et à tous leurs usagers ?

Mais ne boudons pas notre plaisir : l’annonce de cette « votation » sur les trottinettes est une excellente nouvelle.

Souhaitons qu’elle ouvre la porte à d’autres votations ; souhaitons que celles-ci deviennent régulières, que toutes soient contraignantes.

Et, surtout, qu’elles n’émanent pas du seul gouvernement local mais aussi des électeurs, les principaux intéressés. Ceux-ci pourraient ainsi demander que, par voie de votation, soient soumis à leur approbation les centaines de millions d’euros que, chaque année, la majorité municipale attribue à des associations aux contours plus ou moins équivoques ; que soit vendu le parc de 2 000 voitures de fonction au service de la Mairie de Paris ou encore que soit cédé au plus offrant ce Stade de France dont l’entretien est à la charge des contribuables.

Bref, la maire de Paris s’apprête à ouvrir la boîte de Pandore. Il faut s’en réjouir.

Plus les citoyens pourront s’exprimer sur les dépenses publiques, sur leurs montants, sur leurs destinations, mieux notre démocratie s’en portera.

Vive donc les « votations » !

L’exemple de notre voisin suisse montre que les « votations » riment avec calme social, stabilité politique et prospérité économique.

Encore un effort Madame Hidalgo pour faire le bonheur du peuple, votre ambition affichée !

François Garçon

Publié le lundi, 16 janvier 2023

2 Commentaires

  • Lien vers le commentaire olivier vendredi, 27 janvier 2023 Posté par olivier

    L'idée peut paraitre séduisante , mais on sait que le lavege de cerveau pratiqué en particulier par la ré-éducation anti-nationale et pas mal de médias va forcement "orienter" les votants!
    Si on faisait une votation sur les ZFE par exemple on pourrait avoir une majorité de pour (ceux qui vivent intr-muros et se font livrer tout par uber...) car on serine à qui mieux mieux que la pollution est la cause de mortalité dans les villes... Sans lire les chiffres de M. Gerondeau tirés d'Air Parif... Sans voir qu'il y a eu 2 pics de pollution pendant les confinement de mars avril 2020.. Surement les voitures anciennes !!! donc attention!

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  • Lien vers le commentaire Olivier lestrade vendredi, 27 janvier 2023 Posté par Olivier lestrade

    Qui est au courant de cette consultation ?

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